| | | "La fin des terroirs" partage d'une lecture | |
| | Auteur | Message |
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Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Mar 16 Nov - 17:46 | |
| Donc, voici un petit partage d'une lecture d'un livre oh combien instructif!  Je vous propose donc, chapitre après chapitre, quelques passages de ce livre. Evidemment, ce sont des passages qui me marque le plus... Allez, on y va! Les passages en italiques sont des extraits du livre et les annotations en vert sont les miennes. je précise que j'utilise un logiciel de reconnaissance vocale pour vous lire des passages de ce livre. N'étant pas experte dans la pratique de cette chose, il y aura certainement des fautes dues à l'utilisation du logiciel qui m''échapperont. Oncle Fritz ne soit pas trop regardant s'il te plaît!  (le logiciel).
Dernière édition par Anne le Mar 16 Nov - 18:18, édité 3 fois |
|  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Mar 16 Nov - 18:02 | |
| Introduction : l'auteur précise dans l'introduction de cet ouvrage :
les témoignages qui existent sont l'oeuvre d'étrangers qui observaient et notaient ce qu'ils voyait à des fins qui leur étaient propres. Les policiers, les bureaucrates, les folkloristes, les prêtres, les enseignants, les agronomes et des gens de lettres observaient ce monde, parfois y pénétraient même, mais, fussent-ils spectateurs critiques ou bienveillants, il ne pouvait pas nous le décrire de l'intérieur. En ce qui concerne ce genre de documentation, j'ai pris pour règle d'en indiquer des sources et le contexte, afin que le lecteur puisse tenir compte des préjugés, des opinions ou des tendances de l'observateur.
Chapitre premier: Un pays de sauvages
« vous n'avez pas besoin d'aller en Amérique pour voir des sauvages », songeait un parisien en traversant la campagne bourguignonne, en 1840. « Les peaux rouges de Fénimor Cooper sont ici », écrivait Balzac, dans ses "paysans" (1854). De fait, de nombreux témoignages nous suggèrent qu'une grande partie de la France du XIXe siècle était habitée par des sauvages.
En 1831, pour ne pas remonter plus loin, le préfet de l'Ariège déclarait que la population de ces vallées pyrénéennes était aussi sauvage et « aussi brutale que les Ours qu'elle élève ». En 1840, un officier d'état-major constatait que les morvandiaux des fours « poussaient des hurlements aussi sauvages que ceux des bêtes ».
Suit une liste d'exemples du même acabit dans toutes les régions de France. Pas de problème, il y en avait pour tout le monde.
Il n'est pas étonnant qu'en 1865, une propriétaire terrienne limousine employa des termes assez semblables à ceux utilisés par la Bruyère 100 ans auparavant : « ces animaux à deux pieds qui ressemblent à peine à des hommes. Ses vêtements [du paysan] sont sordides ; sous sa peau épaisse et tannée on ne voit pas le sang circuler. Le regard sauvage et morne ne trahi pas le mouvement d'une idée dans le cerveau de cet être, atrophié moralement et physiquement. »
Puis s'ensuit la description de la confrontation du monde rural et du monde urbain.
Les habitants des villes, qui souvent (comme dans les villes coloniales de la Bretagne) ne comprenaient pas la langue rurale, méprisaient les paysans, exagéraient le sauvagerie, insistaient sur les aspects les plus pittoresques - et donc les plus arriérés - de leurs activités, est allaient jusqu'à faire des comparaisons défavorables avec des populations colonisées d'Afrique du Nord ou du Nouveau Monde. Dans le Brest du XIXe siècle il n'était pas rare d'entendre parler de la campagne avoisinante en termes coloniaux : la brousse, où la cambrousse. Mais ces parallèles n'étaient guère nécessaires, car le stock de préjugés etaient bien fournis : « les pommes de terre pour les cochons, les épluchures pour les Bretons".
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|  | | morvandelle
Messages: 294 Date d'inscription: 27/12/2009 Localisation: devinez!
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Jeu 18 Nov - 21:23 | |
| Continue!!!  si tu as le temps Savez-vous ce que veut dire: "morvandiaux des fours"?? Je ne suis pas sûre d'ailleurs qu'ils poussaient des hurlements de sauvages, je crois plutôt ce cri était poussé par ceux qui les rencontraient |
|  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Ven 19 Nov - 6:15 | |
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|  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Ven 19 Nov - 17:46 | |
| Bon, je reprends :
S'ensuit d'innombrables exemples des clivages ruraux - urbains .
"Ainsi l'on avait eu l'occasion de noter que les civilisations urbaines et rurales étaient toujours développées à des rythmes différents, mais que nulle part distance qui sépare l'est aussi grande qu'en France ». Les citadins et les paysans, vivant dans une mutuelle ignorance dans une France différente et hostile : celle de la campagne et celle des villes.
Les faits montrent que les paysans se méfiaient de tout ce qui était urbain général. aux yeux du paysan, le bourgeois - même pauvre - était un habitant du bourg, que l'on enviait et dont on se méfiait.
De Balzac à Zola, de Maeterlinck à l'abbé ou en passant par beaucoup d'autres, le paysan apparaît comme un être obscur, mystérieux, hostile et menaçant, est décrit comme tel. Quand il ne s'agit pas d'un noble sauvage, comme chez George Sand, c'est un sauvage tout court."
Un très éloquent descriptif de la pauvreté de ce monde paysan du 19ème
« Il ne vivait pas [le paysan] dans un état de bonheur pittoresque et campagnard, mais dans des conditions de pénurie et de misère que l'on peut uniquement comparer avec celles des régions faméliques de l'Inde contemporaine, et qui n'était tolérable que parce qu'elles étaient traditionnelles et familière. l'omniprésente misère du paysan apparaît dans leurs chansons comme dans leur existence ; elle leur vole tout, y compris, au bout du compte, leur vie. Il est une preuve de cette pauvreté souvent cité par les contemporains : la vente des chevelures de femmes. Cette pratique était particulièrement répandue dans le centre et dans l'Ouest : là, les cheveux des paysannes étaient périodiquement "récoltés" pour être échangés aux marchés contre une pièce de tissu, un ou deux mouchoirs, ou simplement quelques pièces. Beaucoup de paysans n'avaient pas de table, pas d'armoire, parfois pas même de chaises, dormaient sur la paille ou sur des bottes de Fougères, ne possédaient pratiquement pas de vêtements. Dans les montagnes pierreuses Du Puy, un propriétaire terrien local nous donne une description sinistre des huttes ou plutôt des tanières, dans lesquels les hommes et les bêtes s'entassaient autour d'un faible feu de tourbe dégageant une épaisse fumée. Seul le grand-père avait un siège ; le père s'accroupissait sur une pierre, les enfants sur les morceaux detourbe destinés aux feux du lendemain. Tout le monde dormait sur des feuilles sèches. Les bergers et autres paysans non propriétaire menaient une vie encore plus rude. « Vie de berger, vie de bonne chère : lait écrémé le matin, lait caillé le soir. »
La plupart des bergers parvenaient sans doute survivre, mais comment y arrivaient-il - eux et les nombreux habitants sans terres des campagnes -, cela reste une énigme." |
|  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Sam 20 Nov - 7:09 | |
| Tu vois Morvandelle, c'est comme quand on étaient petites à l'école: il n'y que les filles qui s'instruisent!!! |
|  | | jeff

Messages: 1596 Date d'inscription: 07/09/2009
 | |  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Sam 20 Nov - 9:50 | |
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|  | | Mon petit doigt

Messages: 1093 Date d'inscription: 12/09/2009
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Sam 20 Nov - 12:05 | |
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|  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Sam 20 Nov - 16:23 | |
| Mon petit doigt...je suis sûre qu'un de tes aïeul a rencontré George Sand.... |
|  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Sam 20 Nov - 16:42 | |
| « les paysans travaillaient quand ils le pouvaient, et ceux qui avaient de l'ouvrage travaillaint en vérité très durement. On a parfois affirmé que les nouvelles méthodes agricoles et notamment le passage de la rotation biennale à la rotation triennale des récoltes ont créé un paysan sans loisirs. encore une fois, nous verrons que ces nouvelles méthodes ont progressé à des rythmes pouvant parfois varier considérablement. Ce que les observateurs, en fait ont noté, ce sont les conséquences de ces techniques nouvelles : le cultivateur pouvait désormais envisager d'améliorer son sort au prix d'un immense effort, sans toutefois être sûr d'y parvenir. La nouveauté, plus simplement, c'était espoir. Les paysans du Haut Quercy commençait leur travail à l'aube et finissaient tard dans la nuit ; très souvent, ils cultivaient de jour sur des terres de quelqu'un d'autre. « Plus de repos et plus de tranquillité ! », Se plaint un propriétaire près de Nantes en 1856. « Chacun compte ses sous... Travaille sans se soucier du repos ou de la nourriture... Pour acheter un morceau de terrain à quelques voisins ruinés par l'usure. »
en 1908 encore, dans les terres marécageuses de la Vendée, un homme qui cultivait 4 ha avec une seule bêche (et ne pouvait de ce fait, labourer que 4 ares par jour), quittait son foyer à 5:00 du matin, revenait à 7:00 du soir, et ne voyait jamais ses enfants. Dur labeur aux chaînes duquel on restait rivé par le besoin, et dont seule la mort pouvait vous délivrer.
Des menaces connues ou inconnues. Le connu était redoutable, et surtout les loups, les chiens enragés et les incendies. Les forêts étaient encore immenses et effrayantes vers le milieu du XIXe siècle. Dans le Mâconnais, les loups disparurent dans les années 1840, et dans l'orléanais, on pouvait traverser la forêt sans risquer leurs attaques en 1850. Et partout ailleurs, les bêtes errent librement , dans les régions boisés et montagneuses jusqu'à la fin du siècle.
on chassait le loup (ainsi que les sangliers, qui dévastaient les champs) dans le Morvan, les Vosges, la Bretagne, les Charentes et le Périgord jusque dans les années 1880.
la fin du XIXe siècle les récits rapportés lors des soirées d'hiver et l'image de plus en plus vague, mais toujours menaçants, du loup, montre mieux que n'importe quelle statistique de l'emprise qu'exerçait l'animal sur l'imagination populaire. Les endroits « maléfiques » étaient liés à des loups, comme le fameux Carroi de Marlou (ou Mareloup dans le Sancerroi, où l'on prétendait encore au XXe siècle qu'il se déroulait des sabbats de sorcières., Il en allait de même des terrifiants meneurs de loups qui pouvaient entraîner des bêtes avec eux. Pour les gens des villes, le loup était un personnage de contes, rarement plus familier qu'un personnage de Jules Verne ou de la comtesse de Ségur. Mais pour les populations d'une grande partie de la France, c'était un hurlement dans la nuit, une inquiétante présence jamais très éloignées, un danger ou un être qui interdisait certains chemins divers. Et surtout, c'était une redoutable cause de la rage.De même que les chiens « fous » qui n'étaient pas rares.» |
|  | | morvandelle
Messages: 294 Date d'inscription: 27/12/2009 Localisation: devinez!
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Sam 20 Nov - 21:38 | |
| | Anne a écrit: | Tu vois Morvandelle, c'est comme quand on étaient petites à l'école: il n'y que les filles qui s'instruisent!!! |
Ceci dit, si je lis au plus près du texte, les choses n'ont pas vraiment changé....Encore beaucoup de sangliers dans le Morvan, dans l'Est (n'est-ce pas, jean-fran??) et une autre forme de loups, financiers, ceux-là, qui nous bouffent tout crus Ces quelques pages que tu nous livres montrent un beau travail d'historien. On devrait peut-être s'en inspirer avant de se plaindre ??? Sinon, tu as tout faux, concernant les fours et les paysans du Morvan: il s'agissait de bûcherons (tâcherons) qui faisaient cuire le charbon de bois au plein coeur des forêts avant qu'il ne soit expédié pour chauffer la capitale...La charbonnette, le petit bois....Ils pouvaient ainsi rester plus de quinze jours en forêt sans voir âme qui vive... Tu m'étonnes que les quelques rares curieux intellectuels parisiens aient pris peur en voyant ainsi travailler les indigènes Sinon, pour les loups, lire la nouvelle de Claude Seignolle: "le meneur de loups" (on la trouve sur le net), une superbe ambiance qui complète à merveille ton post |
|  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | |  | | Anne Admin

Messages: 2159 Date d'inscription: 06/09/2009 Localisation: Presqu'île guérandaise
 | Sujet: Re: "La fin des terroirs" partage d'une lecture Dim 21 Nov - 13:58 | |
| | morvandelle a écrit: | Ceci dit, si je lis au plus près du texte, les choses n'ont pas vraiment changé....Encore beaucoup de sangliers dans le Morvan, dans l'Est (n'est-ce pas, jean-fran??) et une autre forme de loups, financiers, ceux-là, qui nous bouffent tout crus Ces quelques pages que tu nous livres montrent un beau travail d'historien. On devrait peut-être s'en inspirer avant de se plaindre ???
Oui, oui, oui, il y a plein de choses qui prêtent à réflexion de par leur similitude!!! c'est vachement intéressant, n'est-ce pas?
Sinon, tu as tout faux, concernant les fours et les paysans du Morvan: il s'agissait de bûcherons (tâcherons) qui faisaient cuire le charbon de bois au plein coeur des forêts avant qu'il ne soit expédié pour chauffer la capitale...La charbonnette, le petit bois....Ils pouvaient ainsi rester plus de quinze jours en forêt sans voir âme qui vive... Tu m'étonnes que les quelques rares curieux intellectuels parisiens aient pris peur en voyant ainsi travailler les indigènes Sinon, pour les loups, lire la nouvelle de Claude Seignolle: "le meneur de loups" (on la trouve sur le net), une superbe ambiance qui complète à merveille ton post |
Ha oui! Pierre Pélot décrit précisément la vie de ces bûcherons-charbonniers dans son incroyable roman :
 Résumé: A l'automne 1999, Lazare Grosdemange, journaliste et grand voyageur, revient dans les Vosges sur les lieux de son enfance. Un accident lui fait perdre la mémoire dans des circonstances troublantes qu'il cherche de toutes ses forces à éclaircir. Son enquête le conduit sur une piste liée au passé de la région, Une piste que quelques coureurs de trésors semblent déjà connaître. Au début du XVIIe siècle, dans cette partie des Vosges, Dolat, fils d'une paysanne brûlée pour sorcellerie, découvre la vérité sur sa naissance : il a été recueilli par- les religieuses de Remiremont et adopté par une demoiselle de haut lignage. Eloigné de l'abbaye, il se retrouve impliqué avec Apolline, sa " marraine " devenue sa maîtresse, dans les intrigues qui secouent le duché de Lorraine. Le couple s'enfuit vers la Bourgogne voisine, par la montagne où ne vivent que des " forestaux ", charbonniers et " myneurs ", en marge du monde. La guerre de Trente Ans qui dévaste la Lorraine atteint bientôt ces régions sauvages et sépare les deux amants. Par des voies secrètes et souterraines, la quête de Lazare Grosdemange va croiser au-delà des siècles les aventures de Dolat, " fils du diable ". Fresque hallucinée de la guerre de Trente Ans et roman contemporain, C'est ainsi que les hommes vivent est une immense aventure de langage et de la mémoire.
Je vais lire la nouvelle de Claude Seignolle! Merci |
|  | | Oncle Fritz

Messages: 1024 Date d'inscription: 09/09/2009 Localisation: embouchure de la Vilaine
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